Plusieurs entreprises maîtrisent parfaitement le «je m’en foutisme» malgré leur prétention futile d’offrir des produits et services de qualité. La facilité avec laquelle certains citoyens corporatifs déclinent toute responsabilité démontre à quel point la légèreté est un mal contagieux et l’impuissance, le lot fréquent du consommateur.
L’entreprise qui assure la livraison d’eau embouteillée à mon domicile m’informe qu’elle décline toute responsabilité dans le déversement d’eau survenu à ma résidence, puisque la bouteille d’eau, livrée fissurée, était sous ma garde et contrôle lors du malheureux événement. Argument faible, exagéré, réfutable d’office.
Mon assureur habitation et automobile, par le biais d’une employée, supprime ma réclamation en cours, par inadvertance, et contrairement à mes exigences. Malgré une garantie de satisfaction indiquée sur tous ses dépliants promotionnels, l’assureur se contente de me faire parvenir une lettre confirmant l’importance accordée au service à la clientèle. Dire que je m’attendais à un remboursement partiel de primes, tel que promis sur le site web de cet acteur majeur au Québec.
Ma banque, qui, malgré un recours collectif intenté en 2003 par l’un de ses clients, et un jugement sans équivoque survenu en 2006, continue de facturer ce petit dollar supplémentaire en guise de frais de gestion mensuel sur ma marge de crédit. Les banques seraient-elles au-dessus des lois? Seront-elles, un jour, prises la main dans le sac?
Notre cher gouvernement, qui valorise avec raison la famille par la mise en place d’un régime d’assurance parentale intéressant, mais qui est incapable, paradoxalement, d’assurer des places suffisantes en garderie. Un gouvernement responsable aurait prévu des ressources supplémentaires, puisque de cause à effet, une explosion des naissances était prévisible. Désormais, les nouveaux parents prennent leur mal en patience, espérant obtenir une place en garderie privée, oubliant que leur budget annuel sera amputé de plusieurs milliers de dollars jusqu’à ce qu’une place en garderie subventionnée se libère.
Les grands secteurs industriels canadiens ne sont pas en reste, puisqu’ils puisent chaque année l’équivalent de seize millions de piscines olympiques en eau pour leurs activités, dont une bonne proportion est rejetée sans traitement. À peine le quart de l’eau est recyclé. Même après avoir été réutilisée, l’eau est en grande majorité rejetée sous forme d’eaux usées dans les plans de surface, parfois dans les égouts municipaux. Les dirigeants, dopés par leurs milliers d’options d’achats d’actions, promettent de faire mieux.
Certains médias, se simplifiant la vie, multiplient les faits divers en s’en tenant à des histoires banales, anodines et sans intérêt. D’après un article publié dans le Journal La Presse, du 23 juin 2008, Madame Violaine Ballivy confirme que «depuis le 1er janvier de cette même année, le sport, les faits divers, les arts et spectacles, Dame Nature et une certaine Julie Couillard ont accaparé la moitié de toutes les nouvelles diffusées au Québec.» C’est totalement inacceptable. Ne serait-ce pas plus responsable de traiter des véritables enjeux? La guerre, la pauvreté, les maladies mentales, l’avenir de nos enfants, les soins de santé, les changements climatiques, le rôle de l’État, la conciliation travail-famille, le prix de l’énergie, la voiture électrique?
Définitivement, certains sont passés maîtres dans l’art de s’en laver les mains.
DOMINIQUE LAMY
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