Loin de moi l’idée de rechercher un consensus sur la qualité de cette entreprise. Mon objectif n’est pas de publier une analyse fondamentale à son sujet, ni de vous convaincre de quoi que ce soit sur celle-ci.
S’il est vrai que sa technologie de pointe lui confère un certain avantage concurrentiel (menacé par d’autres acteurs majeurs), et qu’elle possède un historique de profits impressionnants à la hauteur de son bilan, l’éthique de ses dirigeants en est assurément le point faible.
Allons-y de quelques exemples.
FAIT 1: Des initiés qui se moquent des petits investisseurs
Michael Lazaridis et Jim Balsillie, les deux hauts dirigeants de l’entreprise, ont vendu des blocs d’actions à peine quelques jours avant le dévoilement de «décevants résultats» financiers qui allaient faire tomber l’action en bourse. Le jeudi 24 septembre dernier, Research In Motion (RIM) dévoilait les résultats de son deuxième trimestre. Malgré des résultats fondamentalement intéressants, et en raison des attentes élevées placées en cette locomotive du TSX, la déception des investisseurs fut proportionnelle à la raclée subie par le titre. Celui-ci s’effondra dès le lendemain, perdant plus de 18$ en l’espace d’une journée. D’un haut de 93,76$ avant la publication des résultats, le titre termina sa descente aux enfers vers les 75,00$.
À l’heure d’écrire ces lignes, l’action se transige aux alentours de 70,00$.
Selon le chroniqueur bien connu Michel Girard, «
le lundi 21 septembre, Michael Lazaridis liquidait sur le marché un bloc de 20 500 actions, au prix moyen de 90,60$, récoltant ainsi une recette brute de quelque 1,9 million de dollars. Le lendemain, c’était au tour de Jim Balsillie de liquider, par l’entremise d’une compagnie personnelle à numéro, un bloc de 73 203 actions, à prix moyen 90,50$, pour une recette brute de 6,6 millions.»
Et n’allez pas croire que ces requins de la finance ne se soient limités à ces seules transactions de vente au cours des mois précédents.
En passant, ces actions provenaient de l’exercice d’options au prix d’aubaine de 4,05$, ce qui ajoute au ridicule de cette situation.
FAIT 2: Si ce n’est pas de la fraude, c’est quoi?
La stratégie se résumait comme suit: dans le dessin de réaliser un maximum de profits, les dirigeants de Research In Motion avaient inscrit dans les livres comptables de la compagnie qu’ils avaient acquis leurs options d’achat plus tôt, soit lors des années où la valeur du titre était à son plus bas.»
Encore une fois, ce n’est pas le petit investisseur qui s’enrichit de par ce procédé douteux, voir même frauduleux.
FAIT 3: Un analyste à la table de Michael Lazaridis
Banque Nationale Groupe financier réitère une recommandation « surperformance » sur le titre. «
Richard Tse dit avoir eu hier un dîner avec le co-chef de direction Mike Lazaridis pour discuter des perspectives de la société. L’analyste indique que ce qu’il a entendu renforce son opinion : malgré une atmosphère ambiante négative face à une augmentation de la compétition, le déclin du prix moyen de vente et la pression sur les marges, les occasions de marché continuent d’être importantes.»
J’ignore si la pratique est répandue dans le milieu. Quoi qu’il en soit, le vin devait être de grande qualité. Monsieur Lazaridis a convaincu l’analyste que la prochaine cible à atteindre pour l’action de RIM-T serait de 100,00$, soit une plus-value de 30$ (+43%) en se basant sur le cours du 19 octobre dernier.
S’il n’est pas interdit de partager la table avec un chef de la direction, on peut néanmoins se demander si l’impartialité des analystes est à l’épreuve de certains biais.
FAIT 4: Le non-versement d’un dividende.
L’entreprise possède environ 1,083,251,000$ dans ses coffres. Elle ne verse aucun dividende aux actionnaires. Pourtant, la croissance de ses revenus et de ses profits lui permettraient d’instaurer un dividende à chaque année, et ce, sans négliger les opportunités de croissance et sans cesser l’investissement en recherche et développement. Un dividende, même minime, de 0,70$ par année, procurerait un rendement d’environ 1% à l’actionnaire. Le principe demeure; les petits investisseurs, eux-aussi, espèrent un retour de l’ascenseur.
CONCLUSION
Les équipes de direction compétentes, honnêtes et qui travaillent dans le but d’enrichir leurs actionnaires valent leur pesant d’or. Les petits investisseurs n’ont pas la chance de vérifier l’intégrité des membres de la haute direction. Mais lorsque l’on se met à fouiller un peu, il est facile de constater que les dirigeants de Research in Motion échouent lamentablement le test de la transparence.
Et leur portefeuille respectif ne s’en porte que mieux.
DOMINIQUE LAMY
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